La stupéfiante histoire du cannabis (Partie 2)

Histoire du cannabis (Partie 2)

La suite de l'incroyable voyage du cannabis à travers les âges. Nous allons voir ensemble comment le cannabis a été utilisé, commercialisé mais aussi interdit dans les différentes parties du monde durant notre ère.

 

À la conquête du monde


Présent principalement en Eurasie avant notre ère, le cannabis se répand dans le monde par le commerce, les guerres et les migrations des peuples nomades. D'abord utilisé dans le monde perse, il sera transmis aux peuples arabes entre le 9e et le 13e siècle de notre ère. Le haschich (résine de cannabis) arrivera ainsi jusqu'en Égypte et en Afrique subsaharienne par l'intermédiaire de voyageurs musulmans vers le 12e siècle et son mode de consommation restera principalement alimentaire avant le 16e siècle, date à laquelle le tabac se popularise dans le monde (on a cependant retrouvé une pipe Éthiopienne contenant des traces de cannabis datée au carbone 14 du 14e siècle).
En Europe, l'utilisation du chanvre est majoritairement liée à l'industrie textile. On le retrouve dans les vêtements, les cordages mais aussi les voiles jusqu'en 1484, date à laquelle le pape Innocent VIII associe la plante au sacrement de sabbat de Satan, entraînant sa diabolisation évidente dans le monde chrétien.
En 1550, les Espagnols traversent l'Atlantique et installent des plantations textiles de chanvre au Chili, la ramenant pour la première fois en Amérique Latine. À la fin du 17e siècle, c'est au tour des Portugais de l'importer au Brésil à des fins commerciales qui seront alors détournées par leurs esclaves, ces derniers ayant eu vent de leurs vertus psychotropes. Cet événement marquera l'avènement de la prohibition du cannabis à Rio de Janeiro, qui se démocratise peu à peu dans le monde.



Réglementation et prohibition



Les premières restrictions sur la consommation de cannabis datent du 14e siècle, date à laquelle l'Émir de Joneima Soudoun Sheikouni en interdit tout usage.
Les invasions de l'Égypte par l'armée française amènent Napoléon (interloqué par la dissipation de ses troupes pendant cette conquête) à interdire la plante au sein de son armée et en France en 1798, moment auquel elle devient de plus en plus populaire au sein de la bourgeoisie européenne ; malgré cela, elle connaît un vrai succès chez les intellectuels français à tel point que, des décennies plus tard, Charles Baudelaire lui accordera une place importante dans son ouvrage Les paradis artificiels.
Entre 1840 et 1870, c'est au tour de l'Angleterre d'interdire son usage d'abord en Inde puis dans l'ensemble de ses colonies, bien que consommée régulièrement par la reine Victoria en tant qu'anti-douleur.
Ce mouvement interdisant la consommation et le commerce de cannabis se répandra dans de nombreux pays entre la fin du 19e siècle et le début du 20e, en commençant par le Khedivat d'Égypte qui en bannit les importations en 1879, puis vient le Maroc qui limite ses échanges et ses cultures en 1889, suivi de la Grèce interdisant sa résine en 1890.
En 1906, les États-Unis d'Amérique rendent illégale la vente de la plante , puis le Royaume-uni en 1920 et enfin le Canada en 1923.
En 1925, à la conférence internationale de La Hague, un compromis est adopté pour ne permettre que les usages scientifiques et thérapeutiques du cannabis, la régulation de ses échanges s'intensifie alors.
C'est en 1960 que le cannabis passe de "drogue de niche" (principalement consommée dans les mouvements beatnik et jazzy) au grand public touchant de plus en plus l'ensemble des classes sociales. Ce phénomène sera augmenté par la naissance du mouvement hippie en 1967, qui mènera lui-même à la création de la fameuse politique "War on drugs" des États-Unis.
Un peu plus tard, en 1976, les Pays-Bas en légalisent l'usage récréatif et les premiers coffee-shop fleurissent dans les rues d'Amsterdam.
Il faudra attendre les études du Docteur Mechoulam (chimiste israélien) sur le cannabis et ses différentes molécules (CBD et THC) en 1964 et 1975 pour raviver l'intérêt de la médecine pour la plante et spécialement en tant qu'anti-douleur dans les traitements contre le virus du SIDA et des cancers, si bien qu'en 1996, les États-Unis légalisent le cannabis à usage thérapeutique, suivis de près par le Canada en 2001.
Aujourd'hui, bien que déclarée comme étant la drogue la plus vendue, trafiquée et consommée au monde en 2015 par les Nations Unies, ce ne sont plus les effets psychotropes de la plantes que l'on regarde de près mais plutôt ses effets thérapeutiques, et c'est pour cela que l'on s'intéresse de plus en plus à ses miraculeuses et parfaitement légales petites soeurs issues de la même plante CBD et CBG, des molécules stupéfiantes et non-stupéfiantes.